Communiqués sur le déclassement d’un candidat au concours de chargé de recherche du CNRS

mer 08/06/2022 - 12:12

Communiqués sur le déclassement d’un candidat au concours de chargé de recherche du CNRS

Communiqué de l’Association française de sociologie et l’Association des sociologues enseignant·e·s du supérieur sur le déclassement d’un candidat au concours de chargé de recherche du CNRS. Le 30 mai 2022

L'Association française de sociologie et l’Association des sociologues enseignant·e·s du supérieur ont appris avec stupeur et consternation un nouveau déclassement par le jury d’admission au concours de chargé de recherche , en l'occurrence la relégation du candidat classé premier (Jean-Philippe Tonneau) en section 36 "Sociologie et Sciences du Droit" du CNRS au 8e rang, le privant de facto d'un poste. De multiples déclassements ont déjà eu lieu lors des années précédentes (en 2017, 2018 et 2019), suscitant déjà de nombreuses critiques de la profession et plaçant les candidat·e·s dans des situations de grande incertitude. Le CNRS et la direction de l’Institut des sciences humaines et sociales (InSHS) du CNRS se permettent une nouvelle fois de modifier le classement d’un concours établi par un jury de spécialistes, en partie élu·e·s, à l’issue d’un examen approfondi et collégial des dossiers et d’une audition des candidat·e·s. Nous, associations de sociologie, condamnons fermement ces pratiques délétères de déclassement par des collègues non-spécialistes, dans des conditions qui ne permettent pas une analyse sérieuse des candidatures et sans obligation de motivation des décisions à l’égard des candidat.e.s. Nous ne comprenons pas le déclassement d’un candidat qui répond en tous points aux exigences du poste et dont les sujets de recherches correspondent aux orientations de la section et de l’InSHS. Si nous ne sommes pas en mesure de saisir les raisons d’un tel déclassement, tout laisse à penser qu’il ne s’agit pas de motifs scientifiques. C’est pourquoi, nous affirmons toute notre solidarité à Jean-Philippe Tonneau, ainsi qu’à la section du CNRS désavouée, et nous exigeons que le CNRS respecte les classements de la section 36 et mette en œuvre tous les moyens pour recruter Jean-Philippe Tonneau comme chargé de recherche.

Au-delà de cette nouvelle "affaire" qui place de fait un collègue dans une situation personnelle difficile, nous ne pouvons nous empêcher de penser que notre discipline, la sociologie, semble faire l’objet d’une mise au pas du CNRS depuis une dizaine d’années. Cette décision ne constitue en effet que le dernier épisode en date d’une longue série de déclassements en section 36 par trois directions successives de l’InSHS. Nous rappelons également que la section 36, composée majoritairement de sociologues, a connu un véritable plan social qui ne dit pas son nom depuis le début des années 2000. Cette section a en effet perdu près de 100 postes depuis 2000, soit 34% des effectifs, contre 10% pour l’ensemble de l’InSHS. Tout porte à croire que la sociologie est visée en tant que discipline au CNRS.

Le Comité exécutif de l’Association française de sociologie et le Conseil d’administration de l’Association des sociologues enseignant·e·s du supérieur

 

Section 36

Sociologie et sciences du droit

Communiqué de la section 36 relatif au déclassement du concours CRCN n° 36/02 (2022)

 

Le 25 mai 2022,

 

Lors du jury d’admission de l’INSHS qui s’est tenu le mardi 24 mai 2022, le classement proposé par la section 36 (sociologie et sciences du droit) du Comité national à l’issue du jury d’admissibilité pour le concours CRCN a été modifié. Sans produire une justification, le jury d’admission de l’INSHS a décidé de classer en dernière position (8ème) le candidat classé en 1re position par le jury d’admissibilité.

La section 36 ne comprend pas cette décision et souhaite témoigner du travail d’évaluation minutieuse des 177 dossiers, des 35 auditions, des trois journées de délibération, avec 4 rapporteurs par dossier, des rapports circonstanciés sur chacun des candidats classés.

Dans l’absolu, cette décision met en question le principe essentiel de jugement disciplinaire. Dans le cas d’espèce, elle interroge aussi la place que la sociologie du droit peut avoir au sein de l’INSHS, une des grandes forces du dossier du candidat déclassé tenant au fait que ses travaux se situent à l’intersection des savoirs disciplinaires représentés dans la section.

Compte tenu du fait que cette décision est prise à l’issue du premier concours de la section nouvellement composée, considérant que seule la section 36 est ciblée, et étant donné le caractère répété des déclassements pour la section 36 depuis plusieurs années, cette décision est donc non seulement un coup dur pour un candidat valeureux mais elle érode aussi la confiance qui est censée régner entre le jury d’admissibilité de cette section et l’INSHS. Il est donc urgent d’expliciter les raisons de ce déclassement.

La section conditionne sa participation à la session de printemps 2022 à l’obtention d’une motivation écrite de ce déclassement. Elle demande dans les meilleurs délais un rendez-vous à la directrice de l’INSHS et à la Directrice adjointe scientifique qui prendra ses fonctions le 1er juin 2022.

 

Les membres de la section 36

 

Association Française de Science Politique

Communiqué sur le déclassement d’un candidat au concours de chargé de recherche du CNRS en section 36

L’AFSP dénonce avec force le déclassement d’un candidat classé premier par ses pairs de la section 36 du Comité National de la Recherche Scientifique. Le jury d’admission présidé par Antoine Petit, dont la composition n’a pas été rendue publique, l’a rétrogradé au 8e rang. Notre association réaffirme son attachement au respect des classements opérés par les jurys d’admissibilité 

 

Encore un déclassé en section 36 :
la direction du CNRS provoque les sociologues !

Mardi 24 mai 2022, le jury d’admission du CNRS pour l’InSHS a décidé de modifier le classement proposé par la section 36 (sociologie et sciences du droit) pour le concours des chargé·es de recherche, en reléguant Jean-Philippe Tonneau, classé 1er par la section, à la 8e position (pour 4 postes à pourvoir).

Rappelons que le concours de chargé·e de recherche s’opère en deux temps : en premier lieu, les jurys d’admissibilité, composés de spécialistes de ces disciplines, évaluent des centaines de dossiers sur leur projet de recherche et leurs travaux passés, auditionnent – au terme d’une présélection – des dizaines de candidat·es pendant plusieurs jours et, au bout de longues journées de délibérations, établissent un classement d’admissibilité par ordre de choix basé sur des critères scientifiques. Dans un deuxième temps, des jurys d’admission constitués à l’échelle des instituts se réunissent, le temps d’une journée, pour établir les classements finaux. Le concours d’entrée du CNRS est extrêmement concurrentiel puisqu’il n’y avait cette année que 4 postes à pourvoir en section 36 pour des centaines de docteur·es formé·es chaque année dans ces deux disciplines.

Traditionnellement, les jurys d’admission, qui n’ont pas la capacité d’expertise disciplinaire des jurys d’admissibilité et refusaient de faire doublon avec eux, se contentaient de valider les classements d’admissibilité, sauf problème manifeste, par exemple en termes de non respect de la mixité femmes-hommes ou de la pluralité des disciplines, ou en cas de conflit d’intérêts non repéré antérieurement.

En reléguant le premier classé par la section 36 en dernière position, la décision de l’InSHS sonne comme un désaveu du travail d’évaluation collégial et une provocation à l’encontre de la section, dont c’est la première année de mandat. Elle a ému aussi nombre de chercheur·es en sociologie et sciences du droit qui viennent de réélire leurs représentant·es au comité national.

La direction de l’InSHS renoue ainsi avec ses vieux démons : trois fois de suite, entre 2017 et 2019, elle a déjà remis en question le classement de la section 36, mais aussi d’autres sections. Ces mises en causes récurrentes a posteriori du travail d’évaluation par les pairs infligent aux collègues admissibles concerné·es une violence institutionnelle injustifiée.

Elles créent en outre des situations problématiques d’insécurité juridique sur les concours. Les cinq collègues chargé·es de recherche recruté·es en 2019 au sein de la section 36 ont ainsi perdu le statut de fonctionnaire suite à une décision du tribunal administratif de Paris d’annuler le concours de recrutement.

Ce sont ainsi, une fois de plus, les candidat·es aux métiers de la recherche, déjà soumis·es à une précarité et une pression insupportables du fait du manque de postes, qui sont traité·es avec violence et mépris.

Nous ne pouvons accepter que le travail collectif d’expertise du jury d’admissibilité de la section 36 soit de nouveau remis en cause par la Direction. Dans la mesure où la décision du jury d'admission n'est pas motivée, et que ses membres ne sont pas des spécialistes du domaine, cela laisse à chaque fois le champ libre à toutes les hypothèses sur les véritables raisons des déclassements opérés.

Dans cette situation, les syndicats soussignés apportent tout leur soutien aux membres élus et nommés de la section 36. Nous appelons l’ensemble de la communauté scientifique à se mobiliser en soutien à Jean-Philippe Tonneau et demandons aux représentants de la direction de l’InSHS et du CNRS de nous recevoir au plus vite.

Organisations signataires :

SNCS-FSU (secteur SHS), SUD-Recherche EPST, FO ESR, SNTRS-CGT

 

La section 36 désavouée : bis repetita !

Camarades,

Chèr·es collègues,

Le 24 mai dernier, sont parus les résultats du jury d’admission d’un certain nombre de sections du CNRS. Comme nombre de collègues, les membres du bureau de l’ANCMSP ont été atterré·es d’apprendre le sévère déclassement qui, en section 36 – « Sociologie et Sciences du Droit » – a relégué au 8ème rang le candidat initialement classé premier par le jury d’admissibilité. Le classement ne s’est pas simplement “décalé” pour autant vers le haut, puisque le jury d’admission a par ailleurs hissé un candidat de la sixième à la deuxième position.

Nous avons tous·tes en mémoire le déclassement en 2019 des candidats Matthieu Grossetête et Akim Oualhaci qui avait abouti à l’annulation du concours de cette même section par le Tribunal administratif (TA), au motif d’une rupture d’égalité devant le concours induite par les pressions de la direction de l’Institut des sciences humaines et sociales (InSHS) sur le jury d’admissibilité de la section 36. Les candidat·es admis·es de 2019 avaient alors perdu le statut de fonctionnaire. La réitération d’un tel fiasco collectif à l’échelle du CNRS (rappelons que les décisions du jury d’admission de l’InSHS sont théoriquement prises collégialement) est inadmissible et requiert a minima une justification, ce dans les plus brefs délais ! 

Dans un contexte où la direction du CNRS demande à ce que les jurys de section ne communiquent pas le classement des candidat·es par ordre de mérite (et ce malgré l’avis de la CPCN), il est essentiel d’exiger la transparence dans les recrutements d’agent·es du service public. Cette nouvelle polémique autour de la campagne CNRS ne fait qu’illustrer – s’il le fallait encore – l’opacité des pratiques d’évaluation et de sélection des candidat·es, conformément à ce que devient l’ESR dans sa globalité. Le mépris institutionnel dont témoigne la direction de l’InSHS ne fait que renforcer l’insécurité juridique, professionnelle et financière qui caractérise le quotidien des candidat·es aux métiers de la recherche. La pratique du déclassement est d’une violence inouïe pour ces personnes, souvent candidat·es depuis de nombreuses années à un concours extrêmement exigeant, et dont le classement initial démontre pourtant leurs qualités de chercheur·ses.

La persistance de l’InSHS dans ces pratiques délétères – ce en dépit du jugement antérieur du TA – est par ailleurs un désaveu flagrant de la section 36 du CNRS, de son travail de sélection des candidat·es et de sa légitimité à choisir ses recrues. Il succède à la litanie d’offenses qui semble aujourd’hui structurer les rapports de la discipline avec ses tutelles : procès en islamo-gauchisme et intersectionnalisme par les ministres Vidal et Blanquer ; renforcement de la part des nominé·es (plutôt qu’élu·es par les pairs) dans la composition des sections ; réforme du concours en vue de marginaliser le rôle des jury d’admissibilité ; permission d’administrer souverainement les miettes de postes attribués (3 en 2021, 4 en 2020) quand les files d’attente pour la titularisation ne désemplissent pas etc.

Face à un tel acharnement, l’ANCMSP exhorte les membres du jury d’admission à se manifester et à clarifier le processus de décision ayant mené à ce déclassement. Elle s’associe également aux inquiétudes formulées par l’AFS et l’ASES quant à l’avenir de la sociologie au CNRS. 

Ici, pointe un autre motif d’inquiétude : la faible portée des réactions collectives face à cette nouvelle injustice subie par un collègue. Une fois publiés les communiqués d’associations représentatives et de syndicats – nous compris -, de quoi sera faite la défense de nos disciplines, de nos métiers et de leurs travailleur·ses précaires, premières victimes de ces attaques ?

L’ANCMSP s’engage avec les collectifs locaux de précaires mobilisés et appelle l’ensemble des collègues – et notamment nos collègues titulaires, dans l’optique de luttes communes – à adopter dans les mois qui viennent des positions fermes et combatives, assorties de modes d’action conséquents : grèves, rétention de notes, blocages de toutes sortes, etc. À défaut, la cogestion amiable de la pénurie nous condamne à observer les effets de l’étiolement politique de la profession.

Bien cordialement,

Le Bureau de l’ANCMSP

Publié le 7 juin 2022